Montesquieu devait certainement ressembler à une sorte d'hydre antique munie de plusieurs têtes pour pouvoir supporter les multiples casquettes qu'il revêt dans Les lettres persanes.
Dans ce roman épistolaire, il est à la fois philosophe des Lumières, romancier bien sûr et ancêtre de ce qu'on qualifiera trois siècles plus tard d'anthropologue ou de sociologue.
Usbek, riche seigneur perse, décide un beau matin de quitter ses nombreux trésors pour arpenter le pavé parisien. Dans sa correspondance, il narre tour à tour ses pensées sur la politique, la mode, la liberté des femmes, de la presse, et tous les autres secteurs de la société française du XVIIIème siècle.
C'est une véritable ébauche romancée de sociologie que nous propose Montesquieu en décalant dans les yeux de son personnage une observation systématique des moeurs.
On est donc à mi-chemin entre un Voltaire en moins cocasse et un Claude Lévi-Strauss d'antan.
Si ce roman épistolaire présente l'avantage d'établir certainement pour la première fois les grandes lignes de la pensée sociétale française, il faut reconnaître qu'on ne se tord pas de rire à toutes les pages. L'intrigue semble laissée pour compte au profit de réflexions philosophiques à peine dissimulées derrière l'histoire des personnages sans relief.
Je crois que l'envie de plonger dans un véritable roman me titille bien à présent. Demain, direction la librairie pour de nouvelles aventures.
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